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Ingénierie génétique: fortes crispations sur CRISPR
L’ingénierie génétique revient en politique. Ce 7 avril, se sont tenues à Paris des auditions sur les enjeux des nouvelles biotechnologies, avec en ligne de mire le sujet polémique du recours et des usages de la technique CRISPR-Cas9 dans le champ médical comme agronomique. A l’origine de la démarche, Jean-Yves Le Déaut, président de l’Office parlementaire des choix scientifiques et techniques (OPECST), qui considère ces outils de chirurgie des génomes comme des « ruptures techniques considérables ». Le député qui a œuvré dans les années 90 pour mettre en débat les OGM – on se souvient de la conférence de citoyens de l’OPECST en 1998 – entend jouer à nouveau un rôle d’éclaireur, aux côtés de ses deux collègues vice présidentes de l’OPECST, la députée Anne-Yvonne Le Dain, et la sénatrice Catherine Procaccia.
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L’ère du biocontrôle est arrivée
Trouver des parades à la mouche du brou qui attaque les noyers en Dordogne, ou contre le chancre coloré qui ravage les platanes du Canal du midi… Les agroentreprises et instituts techniques se tournent de plus en plus vers des solutions biologiques : parasites, produits naturels, pièges hormonaux… Avec succès ! 
Photo : Aphidius colemani sur pucerons
 
Rien de plus déprimant que de voir son jardin, ses arbres, ses cultures… grignotés par les insectes. Avec le printemps qui vient, chacun guette les solutions pour contrer les ravageurs. On pense à la bactérie Xylella fastidiosa qui menace les oliveraies des Pouilles en Italie, aux charançons rouges qui s’en prennent aux palmiers dans le Midi, mais aussi à la pyrale, ce papillon dont la chenille dévore les allées de buis et défigure nos jardins historiques à la française. Imaginez Vaulx le vicomte ou Villandry sans leurs buissons sculptés !
 
La contre offensive pourrait bien venir du biocontrôle, cette stratégie de lutte biologique où le ravageur se trouve perturbé, piégé, attaqué par un parasite. Le pionnier en la matière est le groupe Koppert né aux Pays-Bas il y a 40 ans et qui propose une panoplie de bourdons pollinisateurs, bactéries tueuses ou semences enrobées de microorganismes dopants. Il vient d’ailleurs de mettre sur le marché le piège BUXatrap qui émet des phéromones capables d’attirer et tuer les pyrales du buis. « C’est une solution qui a été validée dans le cadre du projet SaveBuxus que nous avons mené en partenariat avec  INRA, Plante & cité, Astredhor, et dont le brevet d’invention a été déposé" précise Frédéric Favrot, directeur général de Koppert France. Ce dernier apparaît parfois comme un sauveur. A Nice et à Monaco, on est venu à bout de l’invasion des palmiers par les charançons rouges grâce à l’injection au cœur de l’arbre de nématodes produits par l’entreprise hollandaise. 
 
Aphidius ervi sur pucerons

Ecouter les plantes 

Avec des filiales dans plus de vingt pays, Koppert élève et distribue toutes sortes d’organismes pour les arbres, végétaux et cultures : des insectes auxiliaires (microguèpes, hyménoptères, acariens, araignées prédatrices, œufs, larves ou pupes…), des microorganismes protecteurs, stimulants ou fertilisants. « Nous produisons des organismes vivants, et cela requiert une logistique à flux tendu, explique Frédéric Favrot. Pour l’Europe, les organismes sont élevés à Rotterdam ou en Espagne : nous ne pouvons retarder ou accélérer les rythmes que de quelques jours par des effets de température. La vie n’attend pas ».
 
La firme qui emploie aujourd’hui 1 100 personnes (avec un chiffre d’affaires de 180 millions d’euros) a une approche holistique des cultures et ne se considère pas comme un fournisseur mais comme un partenaire des agriculteurs. Sous son influence, les cultures sous abri (sous serre) se sont pratiquement presque toutes affranchies des traitements phytosanitaires. Tomates, concombres, courgettes… ne subissent plus qu’un ou deux traitements grâce à des approches de biocontrôle préventives.
Un autre marché s’ouvre aujourd’hui, celui des cultures spécialisées en plein champ (viticulture, arboriculture, légumes…). « Et il y a fort à faire quand on sait qu’il y a près de trente traitements réalisées sur les vergers de pommes, et plus de 60 parfois sur les bananeraies » pointe Frédéric Favrot qui n’est pas un militant mais seulement un défenseur du « moindre impact environnemental ». « Ce qui nous fera réussir c’est que nous sommes en train de buter sur des impasses techniques, estime-t-il. Soit les produits classiques ne marchent plus car le ravageur est devenu résistant, soit le pesticide a été retiré du marché car trop dangereux, soit nous avons affaire à de nouveaux parasites… Chacun sent que nous arrivons à la limite de notre système du « tout chimique » qui rend malade et qui est cher ». 
Pour la protection de la vigne, Koppert a mis au point – avec l’Institut français de la vigne - une substance naturelle qui forme un film sur les feuilles et étouffe les champignons parasites comme l’oïdium ou le botrytis ou pourriture grise. Ce produit pourra aussi servir sur les pommiers atteints de tavelure en complément de pièges à confusion sexuelle contre le carpocapse. 
 
Le biocontrôle peut aussi être conçu sous forme de stimulations des plantes afin de les rendre plus fortes contre les agresseurs. Des souches de champignon du genre Trichoderma sont efficaces ainsi que des cocktails adaptés aux situations propres à chaque champ. Ces protocoles de type NatuGro proposés par Koppert exigent un diagnostic préalable mais permettent un pilotage fin, susceptible d’augmenter la protection et les rendements. De plus en plus les agriculteurs recourent à des semences qui ont été enrobées afin de faciliter la croissance. Et cet enrobage peut être fait de microorganismes (trichoderma asperellum, bacillus megaterium, bacillus subtilis et des champignons du genre glomus) et d’extraits naturels (algues) : toute cette flore qui est mise en sommeil dans une formulation huileuse dont Koppert garde le secret produit des sécrétions favorables à la germination de la graine. 
 
Aphidius matricariae momies de pucerrons

Une mutation des pratiques et des mentalités 

Les acteurs de ces démarches de biocontrole étaient réunis le 26 janvier dernier à Paris par leur association IBMA (International biocontrol manufacturers association). Ils sont très encouragés par le Ministre Stéphane Le Foll qui inaugurait en février 2015 le consortium public-privé sur le biocontrôle mobilisant les groupes  BASF, Bayer, Goëmar, InVivo, Lesaffre, De Sangosse, Syngenta et Koppert France. « Le Chlordécone, ça a bien déconné ! a lâché Stéphane Le Foll. Il faut que nous soyons capables de nous réorienter ». 
 
Cette initiative correspond à l’une des cinq priorités thématiques du plan « Agriculture – Innovation 2025 » annoncé le 20 février 2015. Elle vise à coordonner les acteurs du biocontrôle dans le double objectif d’offrir aux utilisateurs, en premier lieu les agriculteurs, des méthodes alternatives en matière de produits phytosanitaires, et de contribuer à la consolidation du secteur français du biocontrôle. C’est un secteur prometteur et en croissance.
 
Pour donner un ordre de grandeur, l’industrie française du biocontrôle a réalisé, en 2013, un chiffre d’affaires de 110 millions d’euros et a généré plus de 5 500 emplois, directs ou indirects. Le consortium entend placer, à l’horizon 2020, la part du biocontrôle à 15 % du marché français de la protection des cultures (5 % aujourd’hui) et à multiplier par 4 les emplois générés par cette industrie.
Rappelons ici que cette dynamique résulte des impulsions politiques liées au plan Ecophyto qui exige une réduction de 50% des pesticides à l’échéance 2021 (année de référence 2010).

Mobilisation des agrochimistes 

Les grands groupes agrochimistes ont bien compris la mutation en cours. Ils ont tous mis un pied dans le secteur en rachetant des sociétés spécialisées dans la lutte biologique. BASF a acquis Becker Underwood en 2012, Bayer a acheté AgraQuest, Monsanto a capté le danois Novozymes, tandis que le levurier Lesaffre a mis dans son giron Agauxine. On peut signaler aussi que la société Goëmar ciblée sur les algues - née à St Malo en 1971 - a été récupérée par le géant japonais Arysta LifeScience Limited. 
Syngenta – qui vient d’être racheté par le chinois ChemChina pour 43 Milliards de dollars – n’est pas absent du marché car il propose une gamme Bioline de macro-organismes. Près de 40 milliards d’insectes et acariens de 20 espèces différentes sont élevés chaque année à Telstar Nursery, site d’élevage Bioline au Royaume-Uni. Enfin le groupe In Vivo distribue les produits de Biotop – biofabrique basée à Livron-sur-Drôme -  qui produit des organismes auxiliaires de cultures. 
"Face aux géants de la chimie, il faut qu’on crée des géants du biocontrole"  a insisté le ministre de l’agriculture à l’AFP. Mais la comparaison est hasardeuse… Pour l’heure, le marché du biocontrôle est de 75 millions d’euros en France alors que celui des pesticides est de deux milliards d’euros (il n’a pas baissé depuis 2010). Cette disproportion des moyens risque de durer. Le lobby des chimistes reste très actif comme l’atteste le dernier numéro du magazine bimensuel Science & pseudo-sciences édité par l'AFIS (Association Française pour l'Information Scientifique) consacré aux pesticides.
Ainsi après les climato-sceptiques, se manifeste ici le réseau des  « toxico-sceptiques ». L'éditorialiste qualifie les associations anti-pesticides de "marchands de peur", face aux industries qualifiées de "marchands de doute" (en référence au livre de Naomi Oreskes, juin 2010, Le Pommier). Une position qui va à l’encontre de la présentation faite par Martin Boudot  dans son enquête « Produits chimiques : nos enfants en danger » diffusée le 2 février dans l’émission d’Elise Lucet, Cash Investigation. 
 
Si l’on veut sortir de ces postures dogmatiques, rien n’est plus efficace qu’observer les avantages intégrés de l’approche « biocontrôle » : connaissance des comportements, respects des équilibres, absence de toxicité… Les frères Peter et Paul Koppert qui dirigent le groupe familial avec leur beau-frère Hendrich Oosthoek possèdent 100% du capital. Un modèle original basé sur la valeur sociale de l’entreprise et qui fait des envieux !
 

Un colloque est organisé à Nancy sur le biocontrôle ce 8 février à l’initiative des étudiants de l’ENSAIA et en partenariat avec BASF. 

Séminaire de l'Anses le 10 mars : Quels défis pour l’évaluation et la gestion des risques pour les cultures et l’environnement ? 

 
Dorothée Browaeys
 
 
Photos ©Kopert
Cet article a été initialement publié sur UP' Magazine 
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Matière grise, matière à penser
Il est dit du cerveau qu'il est l'objet le plus complexe de l'univers. Rien n'est moins sûr, mais il reste un véritable mystère pour les chercheurs. Il fut le sujet de la dernière conférence du cycle Les BOULLIMICS. Entre mythes et découvertes, Hervé Chneiweiss, neurologue et neurobiologiste, nous donne les clés afin de mieux comprendre ce qu'on a dans le crâne.
 
Les mains se lèvent dans l'amphi. Les nombres fusent : 10 %. 15 %. Quelques ambitieux montent jusqu'à 20 ou 30 %. D'autres petits malins tentent l’extrême opposé : 5, 3, voire 2 %. Mais quel est l'enjeu de cette étrange enchère ? Une question, posée par Hervé Chneiweiss, invité le 9 mars dernier à l’École Boule dans le cadre du cycle Les BOULLIMICS. La question était la suivante : quel pourcentage de notre cerveau utilisons-nous ? 
La légende veut que nous n'utilisons qu'un dixième des capacités de notre cerveau. Mais si Hervé Chneiweiss, neurologue à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière et directeur de recherche du laboratoire Neuroscience Paris Seine, pose la question, c'est qu'il y a un piège. Finalement, quelqu'un dans le public s'élance : « 100 % » !
« Enfin quelqu'un de réveillé, répond malicieusement le chercheur. Vous autres, avec vos 30 %, vous êtes dans le coma. »

Les « neuromythes », ces idées reçues sur le cerveau

Penser, parler, marcher ou même rester assis sont autant de tâches qui requièrent la totalité de notre cerveau. Même durant le sommeil, notre cerveau n'est pas moins actif que lorsqu'il est réveillé. Il travaille juste sur des tâches différentes. Pensez-y la prochaine fois qu'on vous qualifie de rêveur.
Cette idée reçue sur le cerveau n'est pas la seule en circulation. Ces « neuromythes », comme les appelle Hervé Chneiweiss, véhiculent des représentations fantaisistes sur les 1,5 kg de matières grises que nous avons tous dans le crâne. 
 
 
Cependant, d'après le chercheur, les neurosciences représentent à elles seules un septième des publications scientifiques mondiales, et les maladies neurologiques, de la migraine jusqu'à l’Alzheimer, comptent pour un tiers des dépenses de santé en France. Ainsi, mieux comprendre notre cerveau relève autant de l'enjeu scientifique que sociétal. Cela passe également par la déconstruction des « neuromythes » qui s’entretiennent au sein du public.
 
Beaucoup de ces mythes nous parviennent de la tradition cartésienne. L'être humain est un être rationnel, qui a conscience de ce qu'il fait. Et le cerveau serait justement l'antre de la conscience. Cependant, une quasi-totalité des processus gérés par notre cerveau sont en réalité inconscients. Nos rythmes ou notre posture, par exemple, sont automatiquement gérés par notre cerveau, et non commandés volontairement par notre conscience. Jusque-là ça peut aller. Mais c'est aussi le cas pour une autre fonction essentielle de notre cerveau, la prise de décision.

Des décisions inconscientes

C'est du moins la conclusion de Benjamin Libet suite à son expérience datant de 1983. Placés devant une horloge, les sujets de l'expérience avaient pour consigne d'appuyer sur un bouton, au moment de leur choix, afin d'arrêter celle-ci. Ils devaient juste retenir l'emplacement de l'aiguille de l'horloge au moment où ils avaient pris la décision d'appuyer sur le bouton. En même temps, des électrodes étaient placées sur leur crâne afin de suivre leur activité cérébrale. 
 
Les résultats de l'expérience de Libet, qui ont depuis était mesurés des centaines de fois, montrent que l'aire du cerveau chargée de préparer le mouvement est activée une à quatre secondes avant que les sujets prennent consciemment la décision d'appuyer sur le bouton. Ou comme le résume Hervé Chneiweiss : « Votre cerveau sait ce que vous allez faire avant que votre conscience sache ce que vous allez faire. »
 
Au-delà des considérations philosophiques (le libre arbitre existe-t-il ?) ou éthico-légales (sommes-nous responsables de nos actes ?), cette découverte semble néanmoins réfuter une certaine vision dualiste entre le corps et l'esprit. Bien que le rôle de la conscience reste méconnu auprès des neurobiologistes, il est de plus en plus certain que celle-ci n'est pas indépendante du corps, mais bien au contraire un produit de notre cerveau. 
 
Ce dernier « passe son temps à construire une représentation, une illusion du monde cohérente avec nos sens » nous explique ainsi le chercheur. Mais plus encore, le cerveau n'est pas fixe. Il se reconstruit et se réinvente constamment. Il détruit et recrée des connexions au fil de notre existence. Cette propriété, les neurobiologistes l'appellent la plasticité du cerveau. Votre cerveau ne ressemble ainsi absolument pas au cerveau que vous aviez il y a dix ans. Cette capacité au perpétuel changement est au cœur du processus d'apprentissage ou de stockage de l'information, plus couramment appelée la mémoire.

Des faux souvenirs pour comprendre notre mémoire 

En informatique, la plus petite unité de mémoire est le bit, qui peut prendre deux états, 0 ou 1. Concrètement, ce bit prend la forme d'un transistor, qui laisse ou non passer un courant électrique. En ce sens, il a un rôle similaire à la synapse, la zone fonctionnelle qui relie deux neurones entre eux. En conservant cette analogie, notre cerveau stockerait à un moment donné pas moins de 200 exaoctets de données. Il faudrait donc 200 millions de disques durs de 1 téraoctet pour sauvegarder les données contenues dans un cerveau à un instant donné, soit plus que toutes les données numériques actuellement disponibles.
 
L'image du disque dur est parlante. Elle est pourtant éloignée de la réalité. Nos souvenirs ne sont pas gravés dans notre cerveau sans être altérés, comme c'est le cas d'un film sur un ordinateur. Afin de mieux comprendre la forme que prennent nos souvenirs, il faut revenir sur les travaux de l'équipe de Susumu Tomigawa, du Massachusetts Institute of Technology (MIT, Etats-Unis) et prix Nobel de médecine en 1987. 
 
Dans une expérience qui date de 2012, Tomigawa et ses collègues ont placé des souris dans une cage dans laquelle elles recevaient de légères décharges électriques, leur apprenant ainsi un comportement de peur. Ils ont ensuite identifié les neurones activés lors de ces décharges. Ces neurones, situés dans l'hippocampe, ont alors été génétiquement modifiés afin d'être activables par un type de lumière particulière, grâce à une fibre optique directement implantée dans le cerveau. 
Dès lors, juste en éclairant ces neurones, il est possible de susciter un comportement de peur chez les souris. Même lorsqu'elles sont placées dans un environnement différent qui ne leur rappelle en rien la première cage où elles ont reçu les décharges électriques. Les souris ont eu de faux souvenirs.
La mémoire apparaît ainsi comme issue d'un processus dynamique et manipulable. Elle est constituée d'assemblages de neurones, de circuits qui codent pour certains souvenirs. À différents assemblages de neurones s'associent également différents types de mémoires, au nombre de cinq : 
- la mémoire de travail, à court terme ;
- la mémoire sémantique, qui gère nos savoirs et nos connaissances ;
- la mémoire épisodique, liée aux événements autobiographiques ;
- la mémoire procédurale, permettant les automatismes inconscients (comme lorsqu’on fait du vélo ou du tennis) ;
- la mémoire perceptive, liée au sens. 
 
Hervé Chneiweiss explique que « c'est cette alchimie de mémoires qui forment notre expérience personnelle ». Les émotions se mélangent aux sens. Les gestes s'associent aux connaissances. L'odeur d'une madeleine évoque l'enfance à Guermantes, l'amour d'une grand-mère.

Quand le cerveau fait ses premiers pas

L’œuvre de Proust décrit brillamment à quel point l'enfance joue un rôle prépondérant dans notre manière d'appréhender le monde. Il faut en effet attendre jusqu'à nos vingt ans avant que notre cerveau arrête de se développer. Cette lenteur de développement est unique au sein du règne animal. Alors que la plupart des mammifères sont indépendants en quelques mois, un bébé humain du même âge ne pourra pas faire grand-chose tout seul. Pour cause, l'immaturité de son système nerveux. Par exemple, la myéline, une couche isolante enrobant les fibres nerveuses, est très peu présente à la naissance. Pourtant, elle se révèle essentielle à la bonne connectivité du cerveau, augmentant la vitesse de l'influx nerveux. C'est pour cette raison qu'un nouveau-né ne peut pas marcher.
Il n'empêche, un certain nombre de propriétés nerveuses sont présentes dès la naissance. Le cerveau d'un nouveau-né est ainsi capable de distinguer des sons ou des formes, ou encore de dénombrer des événements dans l'espace et dans le temps. Cette combinaison de propriétés innées et acquises est à la base du fonctionnement du cerveau, et pas uniquement humain.
Mais ce qui distingue le cerveau humain du cerveau animal, au-delà d'être le plus puissant dans sa capacité à traiter l'information, est justement qu'il est humain. Non seulement, notre cerveau reconstruit et anticipe à chaque instant une représentation du monde, mais « notre cerveau humanise le monde », insiste Hervé Chneiweiss.

Un cerveau qui humanise le monde

Des neurobiologistes ont ainsi montré à des étudiants un film d'animation au cours duquel deux triangles et un cercle bougent sur l'écran. Lorsque les chercheurs demandaient ensuite aux étudiants ce qu'ils avaient vu, ils racontent alors l'histoire d'un méchant grand triangle qui veut manger un gentil petit triangle protégé par un courageux cercle. Pourtant, s’ils demandent la même chose à des sujets ayant des lésions à l'amygdale, le centre des émotions, ceux-ci répondent avoir vu deux triangles et un cercle en mouvement. « Notre cerveau n'est pas capable de percevoir des événements sans leur injecter une valeur anthropomorphisée ou socialisée » commente Hervé Chneiweiss. 
 
 
À partir du quatrième mois, le fœtus peut déjà discerner des lumières du monde extérieur, et dès le sixième mois, percevoir des sons. Il n'existe pas un humain qui n'ait pas été dans un contexte social et humanisé. Notre biologie nous offre la possibilité d'un cerveau, mais celui-ci ne sera humain que dès lors qu'il sera confronté à d'autres humains, à leur culture et leur société. En ce sens, « un cerveau humain n'existe pas hors d’un bain d’humanité » conclut le neurologue. Ce sont les autres qui forgent nos compétences : nos performances n’émergent que dans l’interaction.
 
Nam Phan Van Song
Journaliste scientifique
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Mark Hunyadi : Comprendre le monde, c’est déjà le transformer
Le monde qui vient sera peuplé de robots, nous interviendrons sur nos gènes, nous fabriquerons artificiellement le vivant, nous vivrons dans des sociétés qui nous demanderons d’obéir à des décisions formulées par des algorithmes que nous ne comprendrons pas.  Chaque jour, de nouvelles techniques, des avancées scientifiques, des faits de société, des modes de vivre, de travailler, de jouer, sont imaginés. Un monde allégé des contraintes matérielles et corporelles qui nous lient, justement, à ce monde, nous est promis. Tout cela, dans le respect éthique de nos droits et libertés, nous dit-on. Pourtant, ce monde qui vient peut être éthiquement détestable et socialement pathologique.  Nous ne le percevons pas car nous sommes aveuglés par une sorte de schizophrénie démocratique : la société promeut nos libertés individuelles mais nous enserre dans les carcans de modes de vie que nous n’avons pas voulus. Se libérer de ce paradoxe est un défi politique. C’est ce que nous dit le philosophe Mark Hunyadi que nous avons rencontré à l’occasion d’une session de Questions de vie du Festival Vivant dont UP’ Magazine est partenaire.
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Clash sur les biotechs : les nouvelles techniques génétiques génèrent-elles des OGM ?
Le Haut conseil des biotechnologies est en crise : les associations ont quitté son conseil économique, éthique et social (CEES).  Le torchon brûle au sujet de la qualification des nouvelles techniques génétiques de sélection des plantes : sont-elles des OGM ou pas ? Car la pression européenne est forte : les semenciers ont besoin de savoir si leurs produits vont devoir ou pas se plier aux réglementations OGM jugées lourdes et coûteuses. Décryptage d'un dossier sous haute tension.
 
Le spectre des OGM revient avec le risque croissant d’un nouveau dialogue de sourds. La démission le 5 février d’Yves Bertheau, membre du Comité scientifique du Haut conseil des biotechnologies (HCB) puis la décision des huit associations (Amis de la Terre, Confédération Paysanne, Fédération Nationale d'Agriculture Biologique, France Nature Environnement, Greenpeace, Réseau Semences Paysannes, Union Nationale de l'Apiculture Française) de suspendre leur participation au conseil économique, éthique et social (CEES) le 22 février dernier témoignent d’un profond malaise.
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LES MEMBRES ACTIFS DE LA COMMUNAUTE DU FORUM BioRESP

Dorothée BROWAEYS est journaliste, rédactrice e...
Jean-Jacques Perrier est journaliste, coordinat...
UP' est le magazine d'actualités de l'innovatio...
Etudiante à AgroParisTech, je travaille à l'org...
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Directrice de Sup'Biotech Centre d'intérêt ...
Auteure, comédienne et scientifique, Anne Rougé...
Professeur des universités en arts plastiques. ...

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