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Prendre soin de la diversité du monde vivant, seul antidote à notre vulnérabilité croissante !

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Les 15 et 16 septembre derniers à Paris, le Festival vivant s’est focalisé sur la bioéconomie et les biotechnologies. Chacun a pu prendre la mesure des enjeux de l’industrialisation du vivant en marche. L’économiste Jean-Paul Karsenty – qui est intervenu en clôture du colloque le 16 septembre - résume ici deux risques majeurs : perdre la dynamique évolutive du vivant, engendrer des mondes non biocompatibles.
 
Premier écho du FESTIVAL VIVANT par Jean-Paul Karsenty
 
La part de notre humanité qui se « globalise » rapidement ne peut s’imaginer autrement qu’agissante, toujours plus, et dans un rôle de « spécialiste de la résolution de problèmes ». Aussi, si, aujourd’hui, elle désire façonner la vie, c’est qu’à l’évidence elle souhaite résoudre un problème. Mais lequel ?
En impliquant beaucoup ma subjectivité, j’ai choisi de ramasser mon raisonnement autour de quelques problématiques que m’ont inspirées les présentations et témoignages des deux premiers jours du Festival vivant. Celles-ci entendent interroger nos démarches contemporaines et faire ressortir certaines des questions qu’elles posent à la relation que nous entretenons avec le vivant, dont nous sommes.
 
Va-t-on renoncer à l’imprévisible, à l’inachevé,… bref aux ressources que le vivant a toujours tiré des infinies modalités du temps ? 
 
Si, dans l’avenir, nous devions rechercher immortalité et éternité sur un mode plus addictif encore que nous le faisons aujourd’hui plus ou moins consciemment, alors le fait même d’être mus par ces absolus-là nous privera des modalités infiniment diverses du temps dans leurs effets sur le vivant, et à leurs qualités.
 
Nous renoncerions à l’imprévisible (c’est-à-dire, pêle-mêle, à la non-programmation, à     l’erreur, à l’ouverture à la diversité des possibles, y compris de ceux qui relèvent de l’innovation humaine et sociale). Nous renoncerions à l’inachevé (autrement dit, aux contraintes de l’attente non déterministe, non finalisante, pourvoyeuse de hasard, d’émergences, de symbioses,…). Que sais-je encore ?... Baptiste Morizot, tout à l’heure dans un des ateliers, disait-il autre chose quand, à propos d’une toute nouvelle technique génétique, il redoutait qu’elle ne fasse perdre sa « rythmique » à l’évolution ?
 
Quand nos gestes entravent l’exercice des propriétés en devenir des systèmes vivants….
 
De fait, se développe au niveau industriel – on l’a vu largement aujourd’hui – une ingénierie génétique foisonnante de plus en plus performante et, j’insiste, de plus en plus accessible à un grand nombre « d’acteurs ». En parallèle, s’élabore par voie militaro-industrielle - nous n’en avons pas parlé ici parce que ce n’était pas notre sujet – une méga géo-ingénierie intéressée à la biosphère et à ses équilibres.
Or, parce que les systèmes biologiques, quelle que soit leur taille ou leur échelle, ne sont pas indépendants du temps, parce qu’ils sont « historicisés », cela implique de reconnaître que toute intervention humaine concernant les organismes, les espèces et les espaces écosystémiques a un effet, le suivant : elle interrompt, elle modifie ou elle détruit l'exercice de leurs propriétés en devenir ; toute intervention, qu’elle prenne la forme d’introduction, de modification, de transformation, ou de compensation, de réparation,… ne devrait pas échapper à un examen des conséquences génériques des "gestes" qu'elle suppose. Il s’agirait notamment d’être attentif à la consommation/disparition de tout ou partie des "séquences évolutives temporelles" dont ces systèmes sont le fruit et/ou bien il faudrait considérer sérieusement les effets de la substitution de ces séquences par d'autres séquences lorsque, c’est le cas général, elles ne sont pas équivalentes.
 
Inverser la charge de la preuve : vers une « common decency »
 
Au fond, il nous faudra bien admettre l’idée que se soustraire à l’évaluation de telles conséquences de ces gestes d'intervention revient de fait à légitimer un monde où la généralisation des gestes à effet entropique constitue la norme ! En effet, dans un projet politique néguentropique, on inverse la charge de la preuve (par l’évaluation) qu’est respectée avec soin une diversité réfléchie des gestes humains et sociaux assurant leur biocompatibilité: ce sont les acteurs des gestes qui apportent la preuve,... sauf exception à justifier ! Peut-être, dans les conditions actuelles, faut-il nous atteler à réfléchir aux moyens d’imposer une telle inversion de la charge de la preuve au nom d’une nouvelle « common decency » ? Mais alors, dans une telle perspective, c’est tout le « public » concerné par les effets de ces gestes - l’ensemble des « affectés » pour parler comme John Dewey cité par Joëlle Zask –, et non pas seulement quelques citoyens-experts (auto)désignés, qui devront être conviés à faire corps avec ce projet, flanqués de droits et devoirs indissociables !
 
Tient-on encore à la diversité du vivant ?
 
Mais tient-on encore à la diversité, à la complexité et à l’interdépendance du vivant, tant dans nos modèles que dans nos gestes? Ou bien sommes-nous prêts à y renoncer pour pouvoir engranger les gains immédiats et non renouvelables que procure la «simplification» du vivant ? (« simplification », pour le dire à la suite et à la façon de Jean-Michel Besnier qui intervient ce 17 septembre).
 
Depuis plus de 50 ans, la rationalisation du vivant dans sa diversité, sa simplification donc, s’est généralisée, conduite par les processus de mise en équivalence générale suivants. D’abord les logiques économiques et comptables, lesquelles opèrent par la quantification et la normalisation, principales méthodes de réduction de la complexité; ensuite les logiques marchandes :elles émergent quand les phénomènes vivants, quantifiés puis enregistrés en « données utiles », sont ainsi rendus fonctionnels et donc comparables, appropriables, substituables et échangeables sur des marchés réels ou fictifs; enfin, plus récemment, les logiques financières où le vivant devient un « actif » dans un contrat, c’est-à-dire un objet non matériel sans autre projet qu’une spéculation intéressée, un pari sur des revenus futurs, d’ailleurs souvent privatisés.
 
Vers un « biohacking » définitif du vivant ?
 
Ces processus de mise en équivalence générale interrogent particulièrement l’économiste que je suis. Qu’en dire que j’ai pu entendre hier ? Ils autorisent en théorie une hybridation à l’infini du vivant, un « biohacking » permanent et peut-être définitif du vivant. Ils contribuent à éloigner les approches systémiques. Ils interdisent les regards multicritères en neutralisant les rapports d’intérêt, de force et de violence que porte toute société et auxquels contribue un puissant « technomarché » globalisé où le vivant constitue une nouvelle frontière économique et financière. Mais plus encore ! Ils renforcent l’attraction vers les absolus temporels déjà évoqués (immortalité et éternité) et les réflexes anthropocentrés. Ils empêchent, en particulier, de dessiner les contours d’un « éco-évo-centrisme » qui tienne compte de la réalité matérielle et historique du vivant, d’inventer une synthèse entre « l’économique avec le vivant » et « le vivant avec l’économique » ; ils empêchent, enfin, d’inventer une industrialisation viable et désirable du vivant.
 
Perte de biodiversité = perte de résilience = augmentation de notre vulnérabilité
 
J’en termine par un écho au début de mon propos. De fait, et nous savons cela, arcboutés sur des outils rationnels mais non raisonnables, les « hommes globalisés » que nous som-mes entretiennent avec leur environnement naturel un commerce qui conduit à une réduction tendancielle de la biodiversité naturelle spécifique, intra et interspécifique et écosystémique et qui ne garantit plus que nous pourrons bénéficier de ses multiples apports pour vivre. De fait, la généralisation en marche d’un tel modèle nous prive tous des atouts de la vulnérabilité de notre environnement naturel, autrement dit de la résilience due aux qualités homéostatiques de sa constitution biodiverse. A rebours, elle augmente, sans équilibre possible, notre propre vulnérabilité, celle que nous n’avons pourtant jamais cessé de combattre !
 
Le risque de modèles totalisants non  « biocompatibles »
 
Fuite en avant tragique ! Nous ne supportons plus notre vulnérabilité, mais nous la renforçons tant par nos gestes que par nos représentations.
Il faut nous mettre d’accord a minima sur les nécessaires diversités de vivre et d’habiter le temps des hommes. Il nous faut nous concerter sur les nécessaires diversités de nos gestes en sorte que les façonnements nouveaux du vivant n’installent pas des modèles totalisants, ni viables ni désirables parce que non biocompatibles.
Si la réalité du vivant devait être « augmentée », c’est dans ces expressions-là qu’elle devrait l’être. Le « biodesign » du vivant doit être encadré de telles conditions.
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Invité mercredi 22 novembre 2017

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