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Passer par le symbolique pour penser l’avenir du vivant

Posté par le dans Philosophie
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Par Jean-François Bouthors, écrivain et éditeur
Article issu de l’intervention du 17 sept lors du FESTIVAL VIVANT 2016
 
Dans le débat sur la viabilité du futur, nous sommes piégés par un débat éthique binaire entre le bien et le mal. Les apôtres de la technique la voient comme le moyen d’atteindre le bien – briser la finitude, dépasser les limites, vaincre la mort. Les défenseurs de la nature pensent leurs engagements comme un combat contre la catastrophe qui vient en raison des effets maléfiques de la modernité – raison technique, raison financière, société de consommation… Les deux camps s’affrontent en un débat indécidable, au sens où aucun n’est en mesure de faire entendre raison à l’autre, puisque chacun pense tenir les arguments de la rationalité.
 
Ne faut-il pas convenir que nous sommes réduits à des choix imparfaits, à penser dans des zones grises, incertaines ? Ne faut-il pas consentir à entrer dans la complexité, qui suppose à la fois de la modestie tant dans la réflexion que dans les ambitions, et une capacité à accueillir l’inconnu inhérent à cette complexité ? Ne faut-il pas sortir d’une pensée par impératif catégorique ou théologique pour entrer dans un pragmatisme qui prend comme une donnée le caractère imparfait des choix et des actions et la nécessité de les considérer d’une manière ouverte, c’est-à-dire de les réinterroger au vu des résultats produits ? Bref, ne devons-nous pas faire preuve de plus de souplesse ?
 
Compléter nos représentations
 
C’est là qu’il est intéressant de faire un détour par le symbolique et le poétique. Non pas pour y puiser des arguments qui trancheraient le débat, mais pour compléter notre représentation. Quitter un instant l’éthique pour s’interroger sur la position anthropologique de l’humain, sur sa dynamique et sa complexité. Dès lors le débat est déplacé, comme le montrait très bien la double exposition présentée cet été à « La maison rouge », à Paris, qui permettait de découvrir simultanément l’œuvre d’Eugen Gabritschevski (1925-1979), et le travail polysémique de l’artiste contemporain français Nicolas Darrot, qui travaille sur le lien entre le vivant et la technique.
Ce qui est frappant quand on regarde le travail de Gabritschevski, c’est la perception prodigieuse qu’il avait de la profusion, de la richesse et de la complexité du vivant, et de ses intrications, de ses imbrications. Nicolas Darrot, met en scène, non sans manier l’humour, les combinaisons de la technique et du vivant, la porosité de leurs frontières, et la fécondité des accidents, des ratages, des imperfections de leurs rencontres.
 
Le monde artistique comme ressource
 
Tout cela ne fournit pas des réponses immédiates à ce qu’il faut faire, mais contribue à changer notre disposition mentale pour envisager les questions devant lesquelles nous sommes. Il s’agit de sortir d’une représentation du vivant comme s’il existait en soi de manière immuable, or nous savons qu’il ne l’est pas immuable, mais qu’il ne cesse de se transformer. Il s’agit de penser la technique comme une des composantes du vivant, comme partie intégrante du vivant global auquel participe l’être humain, notamment en tant qu’il produit la technique.
Pour penser cela, il est intéressant de renouveler notre manière de lire les grands textes fondateurs, et je m’arrêterai ici sur la Bible, car l’historien américain Lynn White a cru trouver un coupable du pillage des ressources dans la tradition judéo-chrétienne qui assignerait à l’homme la mission de dominer et soumettre la terre. Or une lecture attentive du texte de la Genèse, met en évidence une tout autre perspective symbolique, que l’on peut recevoir sans engager pour autant un point de vue religieux : celle que l’on pourrait définir comme « la condition intégrée » de l’homme dans la création, à la fois dans son « essence » et dans sa « responsabilité ».
 
Cultiver et garder
 
Lynn White voit la source du mal écologique dans le fait que le Dieu de la Bible commanderait à l’être humain de dominer la terre. Mais pour comprendre le contenu de ce commandement énoncé dans le premier récit de la création (Gn 1,28), il faut considérer ce qui est écrit dans le second récit (Gn 2, 15), où il est dit que Dieu place l’être humain dans le jardin d’Éden pour la cultiver et la garder. Ladite domination se définit par « cultiver » et « garder ».
Cultiver, c’est-à-dire faire acte de culture, ce qui est le propre du premier récit, puisque la création est racontée comme un acte de parole, de nomination et de discernement. Le second récit met en scène un Dieu qui « garde » au sens de prendre soin, puisqu’il s’inquiète, par exemple, des conditions de vie de l’être humain (il fait en sorte qu’il puisse se nourrir, il constate qu’« Il n’est pas bon que l’être humain soit seul », etc.). Par conséquent, la susdite domination implique que l’être humain reprenne à son compte les deux actes fondateurs qui permettent au monde d’exister, l’acte de culture et l’acte de soin. Si l’on avait lu ce texte de cette manière nous aurions intégré un autre rapport à notre environnement, un autre sens de notre responsabilité.
Le texte biblique surprend lorsqu’il nous dit, littéralement que le jardin (mot masculin en hébreu comme en français), il s’agit de « la cultiver » et de « la garder ». Que signifie ce recours au féminin, alors que nous attendons ici un pronom masculin ? Le pronom féminin renvoie à autre chose que le seul jardin : il renvoie à la terre qui est désignée, plus haut dans le texte, par deux mots féminins : erets et adamah. La terre est considérée à la fois dans son extension et dans sa nature. Elle n’est donc pas désignée comme un objet à exploiter.
Ce qui est remarquable, dans le texte biblique original, c’est que le second terme adamah, peut être lu comme le mot adam qui désigne l’être humain (et non pas seulement l’homme ou Monsieur Adam), augmenté de la syllabe ah qui est la désinence féminine. Et donc la adamah – que l’on pourrait traduire comme « l’humaine », – doit être considérée dans un rapport à l’adam qui est celui du masculin au féminin, dans un texte qui va expliquer ensuite que l’être humain a besoin d’un vis-à-vis et d’une altérité pour que cela soit « bon ». Mais ce n’est pas fini : le mot d’adam contient en lui-même un autre mot, dam, qui désigne le sang, étant entendu que pour la Bible, le sang, c’est la vie. D’où l’interdit biblique de manger la chair avec son sang. On peut consommer la matière carnée, mais on n’a pas le droit de manger la vie. L’être humain porte en lui-même la vie qu’il ne doit pas dévorer. Dévorer la vie, c’est porter atteinte à l’être lui-même, en même temps qu’à la terre.
 
L’homme encastré dans une vie qui le dépasse
 
La Bible nous présente donc l’être humain, adam, dans une imbrication ineffaçable entre la vie et la terre. Il en est donc inséparable, il doit se penser et penser son agir dans cette inséparabilité. Voilà me semble-t-il qui désigne une posture fort intéressante lorsqu’il s’agit de penser la viabilité du futur puisqu’il s’agit de penser l’être humain comme habité par une vie qui ne lui appartient pas, qui le précède, en lui-même, en même temps qu’il faut le considérer, non pas comme surplombant la création ou la nature, mais comme partie intégrante de la adamah.
Il faudrait compléter cet exposé par un éclairage sur la manière dont le récit biblique met en scène la question de la peur devant un avenir incertain et ses menaces. On verrait que là aussi, le symbolique offre des ressources éclairantes pour sortir des fantasmes sans nier la difficulté des réalités, dans une pensée qui invite à envisager le futur non pas en l’enfermant dans les problématiques passées, mais en interrogeant la manière dont, dans le passé l’être humain a fait face à cette question du futur, pour en tirer des enseignements à actualiser, au présent. Ce qui permet de tempérer les réponses excessives que l’on est tenté de donner dans les débats écologiques contemporains et tout en mettant en scène une vraie responsabilité.
On a là, dans l’ordre du symbolique, tant chez les artistes que dans les textes anciens, une invitation à la pensée complexe. Une sortie de la logique binaire et plane dans laquelle nous pensons généralement, pour intégrer la coexistence des contradictions, la fécondité des analogies, la dimension du temps, et finalement, le caractère non-fini, de notre monde, ce qui se dit de deux manières : imparfait et infini. Il est intéressant, me semble-t-il, d’entendre cette double signification, si nous cherchons à imaginer un futur vivable.
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Invité vendredi 24 novembre 2017

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