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La biologie de synthèse au secours des espèces ?

Posté par le dans Biodiversité
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Sous l'intitulé « Comment la biologie synthétique et la conservation vont-elles modeler l'avenir de la nature ? », un colloque rassemblait  à Cambridge il y a deux ans, des « biologistes de synthèse» et des spécialistes de la conservation de la biodiversité. Ces deux communautés ont des choses à se dire, au-delà des titres médiatiques sur la résurrection d'espèces.
 
En 2004, une étude parue dans Nature réalisée sous la direction de Chris Thomas et reposant sur un échantillon de régions couvrant 20 % de la surface terrestre montrait que les changements climatiques entraîneront à eux seuls la perte de 15 % à 37 % des espèces vivantes d'ici 2050, suivant les scénarios. Ce qui, ajouté aux autres causes de disparition d’espèces (morcellement et destruction des habitats, notamment),  annonce la septième crise d'extinction massive des espèces que la Terre ait connue, cette fois pour des raisons anthropiques.
 
Face à cette menace, une ONG internationale, la Wildlife Conservation Society, organisa en avril 2013 à Cambridge, la conférence « Synthetic Biology and Conservation ». Argument principal apparent : pour Paul Freemont, du centre de biologie de synthèse à l’Imperial College de Londres, la biologie de synthèse peut créer un système biologique entier à l’instar d’un ingénieur avec ses équipements, et cela, à partir de matériaux de base (1). En clôture du colloque est intervenu Thomas Landrain, président de l’association La Paillasse. Ce dernier fût actif dans le débat en proposant d’ailleurs de sonder les opinions avec un questionnaire en ligne.
 
Améliorer les pratiques
 
Cette rencontre visait tout d’abord à permettre aux spécialistes de la biologie de synthèse et à ceux de la conservation de la biodiversité « d'apprendre les uns des autres, d'échanger des points de vue et d'explorer comment leurs deux disciplines peuvent le mieux s'aider l'une l'autre ». Il en ressortirait « une amélioration des pratiques de la conservation, plus informée sur la biologie de synthèse, et concomitamment un perfectionnement des pratiques de la biologie de synthèse, mieux informée sur les préoccupations et impératifs de la conservation de la biodiversité » (2).
Ainsi, la prise en compte de la biologie de synthèse dans les projets de conservation des espèces semble tout aussi primordiale que la prise en compte de la biodiversité dans les pratiques de la biologie de synthèse. Les organisateurs du colloque n’appréhendaient la biologie de synthèse ni comme une solution miracle ni comme un problème à bannir, mais comme une discipline capable d’interagir avec les problématiques actuelles de sauvegarde de la biodiversité.
Les perspectives d’une « fabrique de vivants artificiels » à des fins de conservation des espèces fût polémique comme le soulignait l’article de cadrage du colloque, qui rappelait les risques posés par la biologie de synthèse sur la biodiversité et les écosystèmes, et les commentaires qu’a reçus le site du Guardian, qui a publié plusieurs articles sur le sujet. Certains y voient le risque de contaminations massives par des microorganismes artificiels. Que contrôle-t-on en effet quand une nouvelle souche microbienne surgit, comme on le voit aujourd’hui avec la souche grippale H7N9 ?, interrogeait un internaute. Jim Thomas, de l’ONG ETC Group, estimait qu’il serait nécessaire de parler dans un premier lieu de l’impact actuel du développement de la biologie de synthèse et de ses applications industrielles.
 
Les « pâles copies » d'espèces
 
L’une des perspectives âprement discutée était la reconstitution d’espèces, dont l’un des partisans, George Church, du MIT, est aussi un des artisans de la biologie de synthèse outre-Atlantique. Church va jusqu’à estimer probable qu’on puisse redonner vie par clonage à un homme de Néandertal à partir d’ADN fossile. Mais dans un article paru dans les blogs des invités de Mediapart, le 21 mars 2013, Jacques Testart et Alain Dubois contestaient ces « fausses bonnes idées », arguant que les espèces « ressuscitées » ne seront en réalité que de « pâles copies » des  originales, puisque l’ADN ne peut apporter tous les éléments nécessaires à une reproduction parfaite. De plus, ce nouveau rêve prométhéen est une façon de ne pas s’occuper des problèmes actuels : « Plutôt que de tenter sans grand espoir de “ ressusciter ” les espèces éteintes, nous devrions nous préoccuper de réduire les extinctions en cours », affirment-ils.
 
Un commentateur de la liste de diffusion SynBioCritics, Pete Shanks soulignait quant à lui à la fois les aspects économiques d’une telle démarche, qui ne manqueraient pas d’attirer les investisseurs, et les arguments psycho-sociaux, qui transforment cette action en une sorte de « compensation » des  impacts environnementaux dont les gens se sentent responsables (3).
 
Cette discussion spécifique, qui n’était qu’une partie de celles qui sont au cœur des rapports entre conservation et biologie, soulignait la diversité des points de vue face aux interventions sur le vivant. Elle continue d’être d’actualité alors que le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, en France, met en place un Forum de dialogue sur la biologie de synthèse dans lequel les aspects sociaux et éthiques ont leur place.
 
Stella d’Amore, Coordinatrice Assises du vivant UNESCO
 
(1) R. McKie, Call for DNA biologists to join fight against deadly new threats to wildlife, The Guardian, 7 avril 2013.
(2) Framing paper prepared for a meeting between synthetic biology and conservation professionals, written by Kent H. Redford, William Adams, Georgina Mace, Rob Carlson, Steve Sanderson, and Steve Aldric.
(3) P. Shanks, Should We Be Trying to Bring Extinct Species Back to Life?, AlterNet, 8 Avril 2013.
 
Photo : Une grenouille endémique de Porto Rico (Eleutherodactylus juanariveroi). Crédit :  Carlos Pacheco
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