Le Blog de Jean-Jacques Perrier

Cet espace est celui de la communauté des membres et amis du FORUM BioRESP

  • Accueil
    Accueil C'est ici que vous pouvez trouver tous les articles posté sur le site.
  • Catégories
    Catégories Affiche la liste des catégories de ce blog.
  • Mots clés
    Mots clés Affichez une liste de tags qui ont été utilisés dans ce blog
  • Membres
    Membres Rechercher votre blogueur favori de ce site.
  • Équipe de blogueurs
    Équipe de blogueurs Trouvez vos équipes favorites de blogueurs ici.
  • Connexion
    Identification Formulaire d'identification

L’expérience interdite : conversation sur les frontières techniques, scientifiques et symboliques

Posté par le dans Biologie de synthèse
  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 4826
  • 0 commentaires
  • Notifications
  • Imprimer
Compte rendu de la soirée sur l'expérience interdite lors de Vita NOva, le 18 septembre 2015.
 
 
Intervenants :Philippe Marlière (biologiste, iSSB, cofondateur des sociétés Isthmus et Global Bioenergies), ORLAN (artiste plasticienne), Carole Collet (professeur de design et futurs soutenables, Central Saint Martins University of the Arts, Londres), Gabriel Dorthe (philosophe et transhumaniste)
 
La science, comme l’art, sont des champs d’expression de soi et de créativité. Mais jusqu’où peuvent-ils aller ? L’artiste semble totalement libre, alors que le scientifique travaille davantage dans un champ de contraintes. Y a-t-il alors des expériences interdites, des manipulations à éviter à tout prix, des frontières à ne jamais franchir ?
 
« Il n’y a pas d’évolution sans transgression », affirme d’emblée Philippe Marlière. Chaque découverte scientifique, chaque nouveauté artistique a dû transgresser les lois imposées par l’homme au cours des siècles. Les différents intervenants mettent alors en lumière plusieurs types de transgression. La transgression « humaine », pour commencer, que l’on retrouve notamment dans la « chirurgie de performance ». Cette chirurgie découle de la pensée transhumaniste selon laquelle le corps reçu à la naissance pourrait être amélioré, perfectionné, et modifié à notre guise grâce aux avancées technologiques. Cette transgression n’est pas forcément dangereuse pour le corps humain. ORLAN a ainsi modifié sans dommage son apparence pour son art. Par ailleurs, explique l’artiste, la greffe d’os de bœuf est couramment réalisée sans que le patient ne soit mis au courant. Il y a là bien transgression de la nature mais médicalement cela ne pose aucun problème.
 
Cependant ces avancées techniques peuvent être limitées par la société. Ainsi, des conceptions morales ou religieuses troublent la conscience des femmes en leur apprenant à s'aimer « telles qu'elles sont » et telles que « Dieu les a créées » plutôt que d'essayer de s'émanciper et de prendre l'apparence dont elles ont réellement envie. L’autocensure peut être la censure la plus sévère, estime ORLAN.
 
Métaphore de la transgression « ultime », la création en laboratoire d’êtres vivants, reliée au mythe de Frankenstein, le film « Fabrication d’un poulet » de Maël Le Mée met en scène la reconstitution d’un poulet mort qui finit par rependre vie. L’auteur joue le rôle d’un chirurgien dans sa cuisine aménagée à la manière d’une salle d’opération. Là il récupère les morceaux d’un poulet précédemment tué et décortiqué (la désintégration). L’artiste s’applique à rassembler chaque organe et chaque membre du poulet, à l’aide de son bistouri électrique, afin de lui redonner vie (la réintégration). Il mime parfaitement un semblant de fabrication d’un être vivant.
 
Cette simulation peut d’abord nous apparaître comme une transgression morale dans le sens où le poulet a été tué dans le seul but de l'expérience et non pas pour être mangé d’où « l’interdit » de l’expérience. Elle peut également être vue comme une transgression de la nature puisque ce n’est pas en désintégrant et en réassemblant que la nature crée le vivant ; cette idée de tuer pour disséquer et comprendre puis pour faire revivre est purement scientifique. Cette création du vivant reste imaginaire ; totalement possible artistiquement mais encore attendue et peut-être rêvée par les biologistes.
 
La dernière transgression évoquée lors de cette table ronde est la transgression scientifique. Carole Collet aborde ainsi le thème des OGM (organismes génétiquement modifiés), qui représentent une transgression de la nature puisque la fonction même de certaines plantes est modifiée. Carole Collet s’est intéressée à la biologie de synthèse pendant ses recherches sur les moyens de limiter l’énorme pollution provoquée par l’industrie textile. Elle a alors imaginé un système qui permettrait de (re)produire du coton sans polluer. Le projet Biolace qu’elle porte permettrait de relier l'agro-alimentaire et la production de textile d’ici 2050 en fournissant des plantes modifiées grâce à la biologie de synthèse, capables à la fois de produire des fruits et des tissus textiles, de la soie par exemple.
 
Aujourd’hui, ce type de plantes, renouvelables, seraient interdites. La société doit donc s’interroger quant aux besoins futurs des citoyens. D’ici 2050, nos réserves en textiles et en aliments suffiront-elles pour nourrir en continu une population grandissante, ou devra-t-on transgresser nos conventions actuelles pour subvenir aux besoins des hommes ? Ne devra-t-on pas aller jusqu’à la fabrication de ces organismes hybrides ? Une nuance doit être apportée : la soie fabriquée par ces « OGM extrêmes » ne sera jamais « vraie », identique à la soie des cocons du ver à soie, tout comme le cuir fabriqué par des bactéries.
 
Pour Gabriel Dorthe, la transgression n’est que la volonté d’aller plus loin ; mais cette idée ne doit pas faire paniquer les gens car l’homme évolue en transgressant depuis toujours. Ainsi la réunion de toutes ces visions de la biologie de synthèse : scientifique, artistique, industrielle et transhumaniste est pertinente puisqu’elle pose à la fois la rupture et le continuum. Cependant, Gabriel Dorthe émet une critique envers toutes ces innovations biologiques et ces améliorations corporelles. Il rejoint alors le point de vue de la transhumaniste Lepht Anonym selon qui ces évolutions, très coûteuses et donc très peu accessibles, font encore et toujours partie du futur.
 
Peut-on encore aller plus loin que les modifications génétiques actuelles ? Philippe Marlière a entamé un projet scientifique consistant à changer l'alphabet génétique, c'est-à-dire à modifier la composition de l’ADN. Auparavant, les expériences de modification génétique consistaient à « prendre des bouts de textes que l'on assemblait dans d'autres livres» ; aujourd'hui « c'est l'alphabet en lui-même et en entier que l'on veut changer ». De nouvelles formes de vie pourraient-elles alors émerger de ce nouvel alphabet génétique ? Aura-t-on le choix de s’en passer ?  La transgression n’est-elle pas indispensable dans certains cas ?
 
Sandya Salem & Estelle Lemaitre
Etudiantes en journalisme
 
Modifié le
Notez cet article:
URL de rétrolien pour cette article.

Commentaires

  • Pas encore de commentaire. Soyez le premier à commenter

Commenter cet article

Invité vendredi 21 septembre 2018

LES MEMBRES ACTIFS DE LA COMMUNAUTE DU FORUM BioRESP

Dorothée BROWAEYS est journaliste, rédactrice e...
Jean-Jacques Perrier est journaliste, coordinat...
UP' est le magazine d'actualités de l'innovatio...
Etudiante à AgroParisTech, je travaille à l'org...
Fondatrice et directrice de la rédaction de UP'...
Notre équipe participe cette année au concours ...
Mises en Pièces est une association de théâtre ...
Directrice de Sup'Biotech Centre d'intérêt ...
Auteure, comédienne et scientifique, Anne Rougé...
Professeur des universités en arts plastiques. ...

PROCHAINS RENDEZ-VOUS DE LA BIOECONOMIE

16 Oct 2018
02:00PM - 07:00PM
Forum BioRESP #4