Le Blog de Jean-Jacques Perrier

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BIOLOGIE DE SYNTHESE/ BIOLOGIE DE GARAGE : QUELLES FAÇONS D’INNOVER SUR (AVEC) LE VIVANT ? Partie 3

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Compte rendu de la rencontre du 26 juin, Partie 3

Téléchargez le CR complet :CR_26juin_FIN.pdf
 
Si l’on semble s’accorder sur l’idée d’un continuum et de complémentarités entre biologie institutionnelle et biologie de garage, la discussion ne permet pas d’approfondir si et comment de nouveaux modèles de collaboration et de cofinancement axés sur des projets communs, par exemple, pourraient émerger. La discussion en vient alors aux enjeux sociaux et politiques de la bioéconomie, entendue désormais comme la résultante d’activités scientifiques et technologiques pratiquées aussi bien dans des  laboratoires académiques ou industriels, que dans des laboratoires ouverts.
 

L’aventure c’est l’aventure, mais soyons modestes

Philippe Marlière, biologiste et cofondateur de plusieurs entreprises (Global Bioenergies et Isthmus),synthétise sa vision par quelques mots clefs : navigation, modestie, frustration, transgression. Les chercheurs sont des navigateurs : il leur faut franchir des caps psychologiques pour avancer. Son équipe a inventé en 2011 un protocole d’évolution dirigée dans lequel des colibacilles incapables de synthétiser la thymine, base naturelle de l’ADN, et cultivées en présence de 5-chloro-uracile, base artificielle, sont sélectionnés en fonction de leur capacité, acquise par mutations génétiques, à croître en la seule présence du 5-chloro-uracile[1]. L’idée de cette « xénobiologie » est de concevoir des organismes non naturels dotés de capacités métaboliques optimisées et qui dépendraient de composés chimiques absents dans les milieux naturels. « Ce qu’on a fait avec le chlorure d’uracile pouvait être fait techniquement il y a 50 ans mais on pensait alors que ce n’était pas possible. Comme la sonde lancée par la NASA pour témoigner de la civilisation humaine, les chercheurs lancent dans l’inconnu – mais dans des microcosmes confinés – des microvaisseaux, des lignées, sortes de métamorphoses au plus profond de la construction chimique du vivant. »
 
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Dans les sondes Voyager lancées en 1977, la Nasa a placé, pour d'éventuels extraterrestres, 
un disque de cuivre recouvert d'or gravé d'informations reflétant la diversité culturelle de la Terre.
Quelles sondes la biologie de synthèse envoie-t-elle ? Crédit : Nasa
 
Cet esprit aventurier se justifie : « La science doit s’attaquer à ce qui ne va pas de soi. Les vérités d’évidence n’intéressent pas les scientifiques. » Mais il doit être imprégné de modestie, d’une « totale absence d’arrogance ». Les microorganismes produits sont des « créatures mais qui doivent émaner de créateurs modestesIl ne faut surtout pas promettre quoi que ce soit, même si on pense qu’on une chance de faire ceci ou cela. » Il faut alors accepter la « frustration », au sens où l’utilisent les physiciens. A l’exemple de la pilule contraceptive, grand progrès d’émancipation pour les femmes mais aussi source de pollution majeure des eaux et de manipulation des comportements et de la sexualité, la technologie a toujours plusieurs facettes ; elle n’est faite ni pour assouvir les rêves de démesure – l’immortalité des transhumanistes par exemple  – ni pour aller contre la société. Elle s’efforce surtout de répondre aux attentes des gens afin de compter sur un marché.
Si la transgression est nécessaire, tant elle a permis à l’humanité d’accéder à beaucoup d’inventions qui ont amélioré le sort des gens, il faut savoir l’arrêter, « transgresser la transgression » d’une certaine manière, « avant qu’elle ne bouffe tout cru l’humanité et que nous soyons tous des transhumains ». « Il nous faut respecter la nature y compris la nature des hommes, quoi que cela veuille dire, quitte à vraiment empêcher que les humains deviennent transgéniques et reprogrammés de fond en comble », conclut-il. Quelles sont alors les frontières à ne pas franchir et qui doit en décider ? C’est à la collectivité de savoir ce qu’elle veut, plus qu’aux comités d’éthique qui ne représentent pas la bonne façon de faire, précise Philippe Marlière.
 

Marché et éthique environnementale

Cette philosophie du  chercheur en biologie prend place dans un marché de ressources biologiques dont la logique foncière repose sur l’évaluation marchande des biens et des services, y compris des services écosystémiques. C’est ce que rappelle Fabien Milanovic, sociologue et enseignant-chercheur à Sup’Biotech. Or cette valorisation marchande du vivant a une incidence sur la façon dont on le considère, et se fait au détriment de la « pluralité ontologique dans la relation instaurée entre les utilisateurs et les entités biologiques ». L’innovation en biologie et ses pratiques se situent alors entre deux grands pôles : un pôle où le vivant est une ressource, un moyen ; et un pôle où chacune des activités considère le vivant en tant qu’être, où son propre intérêt est pris en compte, dans une optique d’éthique environnementale. Tout le débat est alors de savoir quelles articulations entre les modèles sont possibles et complémentaires, ou si une forme d’innovation doit prédominer pour être efficace, c’est-à-dire productive. On perçoit en demi-teinte, sans que cela soit dit explicitement, que c’est aussi l’engagement des acteurs eux-mêmes dans une forme ou dans un autre d’innovation qui permettra de dégager les modèles futurs d’une innovation soutenable et utile en bioéconomie.
 
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La biodiversité rend des services écologiques incomparables,
comme la pollinisation des plantes. Mais n'a-t-elle pas aussi une valeur intrinsèque ?
Crédit : Dawn Chappel/US Fish & Wildlife Service

L’innovation : peut-on vraiment la piloter ?

Dans ce débat, Etienne Maclouf,chercheur en sciences de gestion à Panthéon-Assas, mais aussi membre du Centre d’écologie et des sciences de la conservation au MNHN, souligne qu’il vaut mieux considérer l’innovation en bioéconomie selon un modèle évolutionniste. Il n’y a pas de détermination des modèles, mais une série d’essais qui font l’objet de sélections a posteriori. L’idée d’une gouvernance, d’un pilotage de l’innovation, ne tient pas davantage car dans les systèmes complexes ce sont les phénomènes émergents, non prédictibles, qui prennent le dessus. Malheureusement, notre conception de l’innovation resterait sur une série d’idées reçues sur la façon dont l’économie fonctionnerait ; ces idées reçues nous empêchent de prendre conscience de cette évolution émergente. Par exemple, l’idée que l’économie tend à améliorer l’existant, qu’elle obéit à une logique fondé sur la désirabilité des objets, qu’elle est une sorte de moteur dans lequel tout est parfaitement sous contrôle, ou encore qu’elle sait parfaitement s’autoréguler.
Dans la réalité des systèmes complexes, on ne maitrise en fait pas grand-chose. « Les notions de contrôle et d’objectifs structurent le réel mais elles ne sont pas vérifiées scientifiquement. Nous vivons dans l’illusion que changer le gouvernail suffirait à changer de modèle car on ne comprend pas la nature émergente des phénomènes socio-économiques. » Etienne Maclouf cite la théorie des parties prenantes qui fait croire que l’on peut organiser des forces aptes à infléchir les stratégies des entreprises et des politiques : or elle ne prend pas en compte le fait que les stratégies des entités économiques sont surtout le produit de forces internes émergentes, non prédictibles, et sur lesquelles les parties prenantes n’ont quasiment aucune prise.
Devant ce modèle évolutionniste et émergentiste  de l’innovation, qui ne peut donc prédire ce qui va en surgir, il est prudent de ne pas mettre toutes les forces dans le même panier et d’investir dans des modes d’existence différents, par exemple en conservant différents modèles d’innovation et de production agricoles.
Si l’on semble démuni devant ce réel qui nous prend de court,  n’y a-t-il pas tout de même des arbitrages politiques à faire ? Thierry Gaudin (dans la salle) indique par exemple que le fait de mesurer toute quantité par sa valeur monétaire, en rupture avec une quantification physique, résulte bien d’une trajectoire politique et sociale qui ne peut qu’être à terme que catastrophique. Est-ce justement parce que le politique cède trop la place à l’économique ? Une des forces du marché, c’est de se rendre incontournable, de dire qu’à partir où il y a des transactions il y a des possibilités d’action, rappelle Fabien Milanovic, qui nuance cependant l’idée d’une invasion générale du mode de pensée monétaire.
Face aux enjeux politiques de la biologie de synthèse – la production de formes de vie hybrides, quels êtres transgéniques faut-il créer, comment apprendre à vivre avec eux, à les surveiller, etc. – sans doute faut-il des instances de décision collective mais en se gardant de penser que l’on va piloter sûrement le navire, estime Etienne Maclouf.
En tout cas, du point de vue de l’opinion, il y a des évolutions plus souhaitables que d’autres. Le mini-sondage apporte ainsi quelques indications sur ce qu’il faudrait proscrire pour ses quelque 50 répondants : avant tout la publication des génomes des virus les plus dangereux ; et la mise sur le marché de drones vivants.


[1] http://www2.cnrs.fr/presse/communique/2240.htm; P. Marlière et al. Chemical Evolution of a Bacterium's Genome. Angew. Chem. Int. ed. 2011 Jul 25;50(31):7109-14.
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